Colloque » Bonnes Nouvelles d'Afrique (partie 1)

Posté le 20/06/2014 | Auteur: Emila OITCHAYOMI

Vendredi 6 Juin 2014 se tenait à Bordeaux, la seconde édition du colloque « Bonnes Nouvelles d’Afrique » organisé par la Fondation Prospective et Innovation dirigé par l’ancien Premier Ministre  français , Jean-Pierre Raffarin. Ce colloque a permis de soulever des questions tant bien identitaires, sécuritaires qu’économiques. Afrik’Eya vous résume ce que vous avez manqué.

Discours d’ouverture :

Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin ont ouvert le colloque par deux discours résolument optimistes portés sur le devenir de l’Afrique et de ses relations avec l’Europe. Tous deux ont insisté sur l’importance de diffuser cette onde afro-optimiste par une meilleure organisation de la pensée et des réseaux. Enrique Baron Crespo conclut cette ouverture en évoquant l’étendue des possibilités qu’offre aujourd’hui le déploiement croissant des NTIC en Afrique, source d’opportunités économiques.


I – QUELLES EUROPES ? QUELLES AFRIQUES : REGARDS CROISES

La première conférence avait pour but de définir ce qu'être un « Euroafricain » aujourd’hui. Comment les politiques européennes peuvent se construire autour de ce thème? Comment l’Europe peut se positionner stratégiquement sur le nouvel échiquier africain et participer à la diffusion des « Bonnes Nouvelles » d’Afrique?

Le débat sur les regards croisés d’un continent à l’autre s’est ouvert avec une présentation riche mais concise de Frédéric Nzé, PDG de OAKAM (société de micro-crédit basé à Londres), repositionnant l’Afrique et ses échanges intra et inter-continent au sein des échanges mondiaux. Il a posé le décor : l’Europe a un rôle déterminant à jouer dans la croissance fulgurante que connait l’Afrique depuis peu. Mais cela ne va pas sans progresser sur l’accueil des élites africaines venant s’y former et sans changer le regard pessimiste qu’elle porte sur l’Afrique. En effet, nombres de pays africains n’ont pas attendu que l’Europe « moralisatrice » propose des solutions adaptées à leur quotidien pour se développer. Très vite ils se sont tournés vers des pays qui ont su répondre à leurs besoins et exigences. Le Brésil avec ses Télénovelas, le Qatar avec Aljazeera, la Chine dans le BTP et les produits de grandes consommations, font partie des nouveaux acteurs qui satisfont la classe émergente africaine et avec lesquels l’Europe devra composer.

Ce décor fut approfondi par les travaux de recherches d’Alioune Fall, professeur à l’Université de Bordeaux. Il a rappelé que le mythe de l’Europe Eldorado est toujours d’actualité dans la tête des jeunes africains qui y voient un continent économiquement développé, des universités d’excellence, un espace sécuritaire et démocratique. C’est en somme un modèle d’homogénéité et de démocratie dans lequel ils se voient s’épanouir loin de l’obscurantisme religieux, de la montée du terrorisme et des politiques extrémistes sévissant dans leur pays.  

Cependant, l’avènement des NTIC, le durcissement des procédures d’obtention de visas, les dérapages politiques de dirigeants européens (cf. Discours de Dakar) ou la percée de partis extrémistes européens ont amené ces jeunes africains à reconsidérer leurs aspirations. D’autant plus que la nouvelle croissance des pays africains leur montre qu’un avenir est aussi possible dans leur propre pays. Ils préférent de plus en plus émigrer dans des pays plus proches du leur et de leur culture comme le Ghana, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Maghreb. Le professeur conclu par une mise en garde sur le prochain défi que devra relever l’Afrique : l’explosion et la maîtrise de sa jeunesse, avide de développement et au niveau d’éducation hétérogène.

Pour Henri Lopez, Ambassadeur du Congo, l’Europe doit avoir un regard plus intéressé vis-à-vis de l’Afrique, que ce soit en reconnaissant sa culture comme digne d’être enseignée au même titre que les africains apprennent les grands noms de l’histoire et de la culture européenne. Ces propos sont repris pars l’ambassadrice kényane Salma Hayed, qui déplore que la France s’intéresse si peu aux pays anglophones notamment le sien alors qu’elle pourrait apporter son expertise et son savoir-faire en terme d’infrastructures entre autres.

II – DÉMOCRATIE, SÉCURITÉ ET DIPLOMATIE

 Le second débat sur l’état sécuritaire de l’Afrique et l’avenir de ses démocraties a demarré par le témoignage émouvant de Salif Traoré, Ambassadeur de bonne volonté à l’ONU et membre du groupe musical Magic System. Il a souligné l’absence de vision commune nationale qui amène les ivoiriens à revendiquer des idées reposant sur des notions de tribalismes plutôt qu’à défendre une idéologie plus rassembleuse.

D’après Amadou Soumamoro, Ministre Conseiller à la Présidence de la Côte d’Ivoire, la création de la démocratie passe par 3 étapes clés :

  1. Evacuer le débat non productif : cesser d’instrumentaliser l’esclavage et la colonisation pour masquer l’incapacité du gouvernement à répondre aux besoins de son peuple.
  2. Sécuriser l’espace politique et social : les 2 sources majeures de conflits étant la grande pauvreté des jeunes et les mauvaises  conditions et organisation de l’accès au pouvoir.
  3. Créer les conditions d’une vraie démocratie apaisée  en maintenant en permanence le discours avec l’opposition en vue d’obtenir un consensus et en favorisant la mise en place d’un processus de réconciliation nationale comme c’est le cas en CI : « Dialogue, Vérité, Réconciliation, Justice ».

Glacomo Durazzo, Directeur chargé des questions de sécurité au Sahel et au Maghreb, rappelle les principales caractéristiques des zones insécurisées en prenant l’exemple du Sahel : frontières poreuses, états fragiles, zones de fractures entre l’Afrique du Nord et Subsaharienne, zones de tensions-frictions, territoire de trafics en tout genre…

Cette crise sécuritaire concerne directement l’Europe qui souhaite réduire les immigrations clandestines et les trafics sur ses propres terres puisque dans cette région de « non-droit », renfermant le très convoité uranium, cohabitent trafiquants et populations extrêmement pauvres. Ces éléments justifient ses dernières interventions au Mali, au Niger et en RDCA.

 

«Le vrai problème de l’Afrique est qu’on ne peut plus la généraliser tant sa diversité est grande », a déclaré M. Ahmedou OULD ABDALLAH, Président du Centre 4S et Ancien représentant de l’ONU en Somalie. Les zones de non-droit, d’après ses dires, sont la sommation de différentes situations :

  • La marginalisation des populations encourageant le tribalisme qui participe à la déconstruction des états et à la montée des menaces terroristes.
  • Le manque de responsabilisation des pays alentours dans la gestion de ces zone.

Il met l’accent sur les nouveaux trafics qui y voit le jour comme ce qu’il nomme l’Industrie du Faux (faux diplômes, faux papiers, etc…) qui avec l’ère internet connait une croissance florissante. Il est donc important de prendre des mesures communes pour s’en protéger.

 

Enfin pour Gilles Thibault, Ambassadeur de France au Burkina, l’Europe et l’Afrique ont « un ennemi commun, le terrorisme ». Ce dernier impose à l’Europe de prendre des dispositions mais surtout à l’Afrique de se responsabiliser aussi incitant les pays frontaliers à travailler conjointement. Il clora son intervention par une phrase qui en dit long : «L’avenir de l’Europe est en Afrique et tout comme sa propre sécurité ».

Rédiger un commentaire

Commentaires

  • Leo (vendredi, 27. juin 2014 23:55)

    Très bon billet qui résume un évènement très enrichissant.
    Je reste toutefois mitigé sur les conclusions concernant la démocratie et son rôle. Au dela des 3 requis énoncés par le correspondant ivoirien, il s'agit de savoir si nos Etats sont avant tout des
    Nations car en une nation, ou à défaut une population résident les principes de s'identifier en des valeurs uniques et unies.

  • Claude DERHAN (dimanche, 16. novembre 2014 12:47)

    Effectivement les préalables (les 2 premiers surtout, le 3° étant plus \"livoiro-ivoirien\") énoncés par Amadou Soumamoro sont décisifs.
    Ensuite, comme le souligne bien Léo, le socle, et le moteur d\'une nation, c\'est un projet commun, une vision commune, c\'est cela qui peut effacer les différences, les distinctions qui entravent le
    développement. Je crois qu\'un bon exemple de nation africaine est l\'Afrique du Sud.
    Une nation c\'est, au sens propre, un groupe humain qui nait.

Veuillez entrer le code.
* Champs obligatoires

Become an editor

You want to become an Afrik’Eya editor? Contact us by mail at: contenus@afrikeya.com