Economie africaine : mais où va la croissance ?

Posté le 16/10/2013 | Auteur: Leomick SINSIN

Souvent mise en avant en tant que terre des opportunités de part les chiffres de sa croissance, l’Afrique est un continent très prometteur. Mais malgré cet élan de croissance, le niveau réel de développement est-il impacté ? Sans entrer dans l’analyse des chiffres, l’objectif de cet article, centré sur l’Afrique Sub-saharienne hors Afrique du Sud, est d’observer puis de comparer de façon théorique des secteurs d’activité où se côtoient mondialisation et ménages africains.

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Au sein de la conjoncture économique mondiale, l’Afrique brille de part ses indicateurs macro-économiques : taux de croissance, intensité énergétique, etc. tous à  la hausse. De fait, cette mise en orbite entraine une recrudescence des flux de capitaux et investissements, principalement de la Chine et de l’Inde suivies par les partenaires historiques. Pourtant, en lissant les effets de la récession économique mondiale, le continent africain demeure toujours très sensible aux aides au développement. La multiplication des programmes internationaux (AFD, FAO, GIZ, MCC,  USAID, etc.) et ONG témoignent de la dépendance du continent.  Ainsi, en l’absence d’indicateurs précis et de chiffres clés à portée de main, nous nous demandons toutefois si la vague de croissance actuelle sur laquelle surfe l’Afrique contribue réellement à son développement et  à l’amélioration des conditions de vie des africains ? C’est donc pour approcher cette question, que nous aborderons de façon théorique, et par nos propres constatations 3 secteurs aussi bien touchés par la croissance actuelle qu’ils représentent le quotidien des populations.


Infrastructures


Depuis les prémices de la théorie économique, les notions de commerce et de richesse entre les nations reposent sur le rôle des échanges. L’échange entre 2 nations agit très significativement sur la valeur et le prix des biens. Cet échange dépend aussi bien des routes commerciales que du moyen de transport. Or bien souvent en Afrique, l’état des routes, l’insécurité et le manque d’entretien constituent un réel frein au développement. L’impact du coût du transport restant moindre quand il s’agit de produits à forte valeur ajoutée, qui par définition pèsent dans la balance commerciale, que lorsqu’il s’agit de produits à faible valeur ajoutée, la croissance en est finalement peu affectée. Ayons à l’esprit, dans une localité proche de Cotonou au Bénin, un échange avec un agriculteur qui produit des œufs à la campagne et va les vendre tous les jours aux marchés de Cotonou. Du fait de l’état des routes, il subira 1/10 de casses sur sa marchandise. Ce qui représente une grande perte pour ce commerçant. Et cela sans prendre en compte le coût de son transport tant au niveau financier qu’au niveau humain. En effet, qu’en est il de la poussière inhalée au quotidien sur les pistes, pour ne citer que cela, et qui agit certainement sur l’espérance de vie, même si aucune étude à ma connaissance n’a traité le sujet. Certes, le défi des Infrastructures est à l’ordre du jour avec des programmes de l’IFC (Banque Mondiale) du MCC (Millenium Challenge Account, ndlr) ou de la PRC (Chine), mais en attendant, le constat est sans appel : la croissance de l’Afrique semble peu agir sur les infrastructures malgré qu’elles soient fortement sollicités.


Education et santé


Il serait erroné, de jumeler éducation et santé, si tant ces deux secteurs mériteraient une analyse en bonne et due forme de façon individuelle. Mais à mon avis, éducation et santé dépendent fortement de la valeur que nous accordons à l’être humain. Ainsi, en l’absence d’études sérieuses et de données clés récentes, l’état actuel de ces secteurs laisse supposer que les pays africains accordent peu d’intérêt au bien-être de leurs citoyens. L’éducation et la santé font partie des secteurs les plus touchés par les aides au développement. L’absence d’hôpitaux, de lieux de stockage des vaccins et produits sensibles, de centres de recherche et d’excellence représente un manque à gagner pour les pays africains, quand on observe les évacuations médicales et les frais qui s’en suivent, de même que l’immigration des intellectuels vers des cieux meilleurs. Certes, l’UNICEF, MSF et plusieurs autres organisations s’affairent sur place ; le Bénin vient de mettre en place un système Universel d’Assurance Maladie (RAMU) pour tous. Aliko Dangote, première fortune africaine vient d’équiper entièrement un hôpital dans la région de Kano pour environ $200M. Mais à l’échelle du contient, une fois de plus, le constat semble sans appel : la croissance africaine semble avoir peu d’impacts sur le niveau d’éducation et la santé.


Energie

 

L’énergie est à mon avis, la cause de bien de maux dont souffre l’Afrique. Très riche en matière première, l’Afrique en est fortement dépendante en ce qui concerne les produits finis qu’elle importe majoritairement. Le secteur énergétique est dense et très diversifié, que ce soit des produits pétroliers, à l’énergie électrique. Mais dans chaque sous-secteur, les lacunes semblent être homogènes. D’après une étude du Millenium Challenge Account, le défaut d’énergie électrique est la seconde cause du manque d’investissements privés après le défaut de crédit. Le faible nombre d’unités de production augmente le coût de l’énergie et donc agit sur le panier de la ménagère. A titre d’exemple, le kWh d’énergie électrique coûte environ 13cts€ en France contre environ 21cts€ au Bénin, quand l’écart du niveau est au moins du double entre les deux pays en terme de parité pouvoir d’achat. Et pour aller plus loin, avec des routes non éclairées, des usines qui fonctionnent au fil des délestages récurrents, des hôpitaux où l’on craint les coupures en pleine intervention chirurgicale, ou encore des écoles et universités où les cours s’arrêtent dès que le soleil se couche, il n’est pas possible de parler de développement. A nouveau, des programmes internationaux existent et sont actifs, l’énergie semble être une question d’actualité, mais pour le moment : la croissance de l’Afrique semble peu affecter le bilan énergétique du contient.

 

Somme toute, l’objectif de ce billet était de mettre en exergue 3 secteurs d’activités au cœur du quotidien des populations africaines afin d’observer, si la croissance agit effectivement sur l’amélioration des conditions de vie. De la richesse des proverbes africains, il est coutume d’entendre : « derrière un baobab peut se cacher un désert de sable ». Alors, cet article est un clin d’œil sur le revers de la mondialisation qui accompagne l’Afrique du 3ème siècle, et sur les défis futurs à relever.


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Commentaires

  • L. (lundi, 21. octobre 2013 00:37)

    Je pense que un des pb sur la croissance économique africaine repose sur le fait qu'on ait pas anticipe suffisamment sur les effets de la mondialisation et cela nécessite de gros aménagements sur nos
    territoires. Notamment dans le domaine de l'électricité qui est une des bases industrielles actuelle . Je pense donc peut être à tort que cette pseudo croissance ne vaudra son salut que si elle
    fortifie son niveau énergétique ; de ce fait elle devra accepter de lancer de grands chantiers de rénovation .

  • Leomick (mercredi, 23. octobre 2013 12:08)

    Bonjour L.
    Merci pour le commentaire.
    En effet, l'objet de ce billet est de mettre en exergue le fossé qui existe entre la croissance africaine mondialisée et la croissance du niveau de vie des ménages africains.

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