Tribalisme et Micro-nationalisme : Ennemis numéro 1 de l’Afrique

Posté le 26/11/2013 | Auteur: SEKA

La politique africaine peut-elle se dire à la fois tribaliste et panafricaine ? Si les héritages de son passé amènent aujourd’hui à la prolifération de guerres ethniques à des fins politiques, l’africain ne doit-il pas pour autant cesser d’être victime et prendre son sort en main ? Réponses dans l’article qui suit...

« Dramane Ouattara Mossi là!! C'est Burkinabé qui va nous diriger quoi!! Dozo, étranger là ! »

 

Autant de paroles que l'on est susceptible d’entendre de la part de certains ivoiriens, qui, pour une part, se réclame panafricains. Oui, « Panafricain » ; donc prônant, l'unité des peuples africains. Situation assez paradoxale si l'on s'en tient au genre de propos qu’ils tiennent ...

 

On vient alors à se demander s’il est cohérent de prétendre prôner l’indépendance, la liberté des peuples d’Afrique, mais de faire preuve, à la fois, d'aversion envers certains. Il semblerait normal qu'une nation soit dirigée par une personnalité autochtone, profondément enracinée dans la, ou les réalités du pays. Si l'on se dit panafricain, alors, tout africain ayant les qualités citées plus haut, et désirant diriger la nation concernée, devrait pouvoir, aussi avoir la prétention de briguer le pouvoir d’Etat. Après tout, n’est-ce pas cela être, réellement, panafricain ? L’avènement de Ouattara 1er, met donc en lumière moins le problème de son origine, que celui du danger qu'il représente géopolitiquement pour la Côte d'Ivoire en particulier, et pour l'Afrique en général.

 

Au fait, pourquoi parler de tout cela? Qu’y a-t-il d’intéressant ici ? Et bien tout simplement, il en ressort l’identification de virus qui minent les sociétés africaines. Je veux parler, ici, de tout problème ayant trait aux origines ou aux ethnies, et qui renvoie à deux phénomènes récurrents en Afrique; le micro-nationalisme et le tribalisme. Pour le premier, hérité du découpage frontalier (et donc politico-administratif) colonial. Pour le second, création pure de l’imaginaire colonial mais qui reste, paradoxalement, très vivace.

 

Concernant le micro-nationalisme, on sait que les africains ne sont, pour la plupart, pas à l'origine des frontières de leur Etats, ni des noms leur correspondant. Ces noms et frontières constituent ce que l'on pourrait qualifier d'héritage colonial, donc établis dans un contexte d'oppression (Conférence de Berlin 1885 pour les frontières) où tout ce qui fût conçu, visait un intérêt extra africain. Il est bon de le rappeler. Ces mêmes Africains sont paradoxalement ceux qui chérissent tant cet héritage (consciemment ou pas), le cultivent jusqu'à en être les plus grands défenseurs. Mais comment être fier de ce qui ne nous a pas été laissé par bienveillance et même par fourberie politique ? C’est à méditer...

 

On se retrouve parfois dans des cas où des personnes dont les ancêtres faisaient partie d’un même royaume, se disent différentes du simple fait d’appartenir à des nationalités différentes. Les pères des « nouvelles » nations aidant, on a tout fait pour créer des sentiments d’unité nationale, sans se poser la question de savoir si les bases sur lesquelles on les fondait étaient légitimes. Or ces identités se révèlent être construites sur des bases bien plus récentes, et moins culturellement perceptibles que celles reposant sur l’appartenance à de grands groupes ethniques historiquement identifiés. Ainsi, il devient moins évident pour des Congolais de Brazzaville, de Kinshasa, ou pour certains Angolais de vouloir se différencier quand on sait que l’étendue de l’ancien Royaume Kongo les réunissait tous.


En ce qui concerne le tribalisme, beaucoup considèrent cette tare comme « congénitalement » liée à la culture africaine et pourtant... Un camarade à qui j’exposais, un jour , le fait que toutes ces tensions ethno-politiques arrangeaient tout le monde sauf les africains eux-même , s'empressa de me répondre avec complaisance: « l'homme noir n'aime pas son frère , donc y’a rien à faire !»

 

L'histoire de l'Afrique pourtant nous donne une autre lecture. En effet, l'Afrique précoloniale a connu de grands empires composés de différentes ethnies. On peut citer l'Empire du Mali, le Royaume Ashanti, pourtant très stable. Et pour remonter plus loin, vers -3400 avant l’Ere chrétienne, l’Union des peuplades noires de la Vallée du Nil, aboutissant au premier pouvoir centralisé de l’Humanité (Le Séma Tawy ; l’Union des deux terres), contredit cette thèse de la fatalité d’une Afrique masochiste.

 

Il n'est connu de motif tribal, ayant causé un conflit en Afrique précoloniale, nulle part. L'homme noir n'aurait donc finalement, pas tant de problèmes que çà avec son frère alors ? Et les conflits dits inter-ethniques, issus après contact avec l’Occident, en seraient à l’origine, plus que les africains eux-mêmes ?

 

Mais ce fait ne peut justifier pour autant les heurts qui en découlent. Car s'il est vrai que l’étranger en est l’initiateur, c’est bien l’africain qui les perpétuent, c’est donc également lui seul qui peut, et doit les stopper. L’Occident a suscité des tensions intercommunautaires (pour ne pas dire intracommunautaires) selon ses intérêts. Le cas du Rwanda en est la parfaite illustration. Les Tutsi et Hutus parlant la même langue, ayant un même Dieu (Imana), la différence entre les deux groupes ne relève que de la différence sociale, comme le témoignait une rwandaise lors d'une conférence sur les raisons du génocide. La différence ne tenant qu'au fait que certains soient pasteurs et d'autres cultivateurs. Ainsi passait-on d'Hutus à Tutsi d'une saison à l'autre en fonction du cheptel détenu.

 

On connait les conséquences que l'idéologie belge aura sur le peuple rwandais, en valorisant un groupe et différenciant les individus par rapport à leur appartenance à telle ou telle communauté… La carte d’identité mentionnant Tutsi ou Hutus aura des effets dévastateurs.

 

On pourrait énumérer encore longtemps les illustrations de la bêtise dans laquelle ces tares, que sont le tribalisme et le micro-nationalisme, nous ont amenés. Mais le plus important à établir est, ici, la démystification d’une, dite, incontrôlée et obstinée tendance africaine à vouloir s’entretuer. Ceci, avec notamment, les éléments rapportés plus haut. Tout cela pour dire que le tableau dépeint ne correspond pas toujours à l’image que l’on s’en fait. Il serait bon d’arrêter d’aborder des problèmes majeurs en surface, ou par le biais d’idées préconstruites. C’est en connaissant au maximum, son passé que l’on saisit mieux les défis actuels à surmonter. Mieux connaître son passé, c’est mieux se connaitre. C’est donc également appréhender plus efficacement sa place dans le monde.

 

Connaissons-nous! Connaissez-vous! Vous y gagnerez, et de facto, l’Afrique aussi. À bon entendeur, ou plutôt lecteur, Salut !


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