Electricité en Afrique : ces toiles d’araignées là…

Posté le 17/09/2013 | Auteur: Léomick SINSIN

Tout petit, durant mon cursus d’enseignement primaire, nos enseignants d’antan, avaient un certain charme ou du moins l’art de susciter ce charme de la langue française ; celle de Molière comme il est coutume de dire. Toujours est-il que certains mots totalement étrangers, bien qu’ils nous soient si familiers, avaient cette aptitude à nous faire comprendre de façon claire que l’Afrique, ou du moins que les africains étaient d’un autre bord. Et qu’il fallait donc un arrimage littéraire pour trouver un équilibre aussi bien écrit, qu’oral. Certes, cela peut bien se justifier à l’échelle des populations colonisées en général. Amadou Kourouma, ivoirien, figure emblématique et intertemporel de la littérature africaine disait le plus souvent qu’il fallait deux dictionnaires en Afrique : un pour le français occidental, et l’autre pour le français usuel de la population.


Ainsi, un de ces mots qui a toujours suscité mon attention est le mot « vernaculaire ». Vernaculaire renvoie souvent au caractère indigène, et de façon socialement correct à « propre à une communauté ». Alors, vous vous demanderez quel est le rapport entre cette grande parenthèse, et un article sur l’énergie, ou encore mieux avec le titre de cet article… En effet, les toiles d’araignée désignent en Afrique, ces raccords électriques souvent anarchiques que nous observons le plus souvent dans les quartiers ou villages fortement peuplés. Cette belle personnification renvoie à l’araignée car ces connexions sont raccordées à un nœud, duquel se propagent les toiles au sein des habitations.

 

L’absence d’un plan cadastral, de politique d’urbanisation ; jumelés à la forte urbanisation sont à mes yeux les principales raisons de la densité et de l’étendue de ces toiles. Avec des raccordements souvent onéreux, périlleux et administrativement complexes, les populations préfèrent directement s’approvisionner sur les lignes du réseau desservant ou traversant leur lieu de vie. Ou encore, dans le cas où le voisin est légalement raccordé au réseau, il suffit de « piquer » sur sa ligne, moyennant un certain montant à lui verser à la fin de chaque mois. Comme quoi, la solidarité africaine transcende tous les secteurs d’activité.

 

Sauf que ces toiles d’araignées sont la hantise des principaux gestionnaires du réseau. Du fait des connexions anarchiques et aléatoires, il est très difficile de détecter l’origine d’une panne en leur sein, ou encore moins d’intervenir sur une ligne en cas de difficulté. En cas d’incendie du à une surtension ou à une défaillance de la ligne. Et en l’absence de protection ou d’isolation, les toiles conduisent tout aussi facilement le feu propagé, créant de fait un piège à homme dans la mesure où elles desservent une multitude de foyers. Aussi, ces toiles alourdissent le pourcentage des pertes en ligne, réduisant encore plus l’énergie disponible sur le lieu de consommation. Leur caractère, aussi informel que l’économie qu’elles alimentent le plus souvent, entraine pourtant un manque à gagner non négligeable et bien réel pour les sociétés distributrices d’énergie.

 

L’évolution exponentielle de la population du continent africain qui s’accorde avec une densification plus accrue des zones d’habitation attire notre attention sur l’urgence de la situation énergétique dans les zones densément peuplées. Rappelons-nous, il y a peu de temps, le capharnaüm orchestré par l’explosion de poche d’armes en plein cœur du Congo.

 

Somme toute, bien que les toiles d’araignées fassent partie du paysage métropolitain et rural africain, nous avons souhaité mettre en exergue les risques somnolents de telles installations dans un quotidien dont nul ne s’inquiète. Avoir une vision d’ensemble parce que l’Afrique de demain est celle que nous bâtissons aujourd’hui.


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